En préparation

GÉRARD-NOËL HESSE

PARACHUTE

Présentation

Jusqu’au dernier moment, Olivier hésita. Quand on a fait partie de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron pour préparer le « casse du siècle » et que moins de deux ans plus tard on se retrouve élu député et porte-parole de La République En Marche, on n’accepte pas sans arrières pensées une invitation de Marion Maréchal.

Est-il possible de débattre avec un ennemi juré ? Peut-on le convaincre d’une vérité ou se laisser convaincre, sans l’accuser et s’enfermer dans l’idée que l’on se fait de lui ? La peur de diverger ou de trahir son camp abolit-elle toute possibilité de dialogue critique ? Entre les deux principaux protagonistes, bien conscients du risque qu’ils prennent, les échanges sont à fleurets mouchetés. Dans ce jeu de la séduction et du pouvoir, chacun a évidemment un agenda caché. Qui prendra le dessus ?

Olivier découvre une jeune femme étonnamment lucide, calculatrice, dotée d’une pensée complexe et d’une force d’attraction hors du commun. Un double d’Emmanuel. Il se promet de livrer à son mentor en politique des informations de première main sur sa future adversaire, la plus dangereuse, la plus haïssable. Mais, imperceptiblement, un trouble s’installe. Quel rôle joue-t-il, infiltré ou complice ? Qui manipule qui ? La haine est-elle la meilleure approche ?

Un ping-pong intellectuel qui dévoile des interrogations, des convictions, des choix constituant les matrices possibles d’un nouveau roman national que personne n’a encore réussi à écrire. On comprend pourquoi l’art très français de la controverse constitue l’âme d’une nation littéraire et politique, politique parce que littéraire. On se dit que dans ce nouveau roman en préparation de Gérard-Noël Hesse, tout relève de la fiction mais étrangement rien ne semble faux. Ou serait-ce le contraire ?

Premiers extraits

 

La rencontre

Elle lui avait donné rendez-vous chez Lapérouse. Sans être un habitué du célèbre restaurant du quai des Grands Augustins, Olivier avait déjà eu l’occasion d’apprécier ses petits salons privés où l’on pouvait discuter sans crainte d’être espionné par un voisin de table. Et Dieu sait qu’il n’avait aucune envie de croiser une connaissance ce soir. Il regarda la Seine depuis le Pont des Arts comme il l’avait déjà fait des milliers de fois sans jamais se lasser de la vue.

La veille, un attentat terroriste avait été déjoué. Des bombes artisanales auraient dû exploser tout près de Notre-Dame de Paris et causer la mort de nombreux touristes dans la foule de ceux qui chaque jour venaient admirer la cathédrale. Il avait un court instant ressenti une forme de peur panique. Rien à voir avec les victimes potentielles toutefois, non c’était la perspective de dégradations irréversibles qui le traumatisait. Privilégier l’édifice plutôt que les personnes, une pensée déplacée qu’il essayait d’évacuer. Il ne pouvait alors mesurer le caractère prémonitoire de ce pincement au cœur. A peine catholique et pas du tout pratiquant, comment aurait-il pu deviner qu’un an plus tard, un funeste 15 avril 2019, exactement au même endroit, au même moment, il pleurerait devant un spectacle d’apocalypse terrible et sublime, des flammes atrocement belles qui transformeraient le vieux vaisseau de pierre en  victime expiatoire ? Un tableau que même le génie de Turner n’aurait pu imaginer.

Il était en avance et s’attarda quelque peu devant les présentoirs de quelques bouquinistes. Il jeta son dévolu sur un vieux SAS de Gérard de Villiers, « Visa pour Cuba ». Pas vraiment sa tasse de thé en règle générale mais un voyage dans l’île était planifié pour un groupe de députés dont il faisait partie. Pour examiner les opportunités de l’après Castro et éviter de faire de la terre de « la revolucion o la muerte » une colonie américaine. Il venait d’achever la lecture du livre bien plus récent de Yasmina Khadra, « Dieu n’habite pas à la Havane », la réflexion d’un vieux beau quelque peu suffisant et vaniteux sur le vieillissement et la passion amoureuse. Ni le protagoniste ni les dialogues ne l’avaient emballé. Alors pourquoi pas de Villiers, au moins il aurait une chance de découvrir les meilleurs bars et endroits festifs de la capitale cubaine.

Il prit une respiration profonde et franchit le seuil de l’hôtel particulier très 18ème siècle que des habitués célèbres, George Sand, Emile Zola, Victor Hugo, et bien d’autres, avaient transformé en institution. Immédiatement, il fut accueilli par une sorte de maître d’hôtel à l’aspect avenant. « Olivier Lavoisier, je suis attendu ». Il l’avait claironné comme si, à l’évidence, il ne pouvait être le premier arrivé. Hypothèse purement gratuite, se dit-il alors, et qui se révéla néanmoins exacte. « Tout à fait, répondit le maître d’hôtel, la dame vous attend à l’étage, dernier salon sur la droite. » Olivier ne put maîtriser un léger sourire en coin. Sur la droite évidemment, il ne pouvait en être autrement. Au moment de rencontrer « la dame », toutes ses pensées des jours passés lui revenaient en mémoire. Que diable allait-il faire dans cette galère ? Il avait une fois de plus cédé à sa curiosité, mais là on frôlait le malsain ! Il pouvait se ressaisir, tourner les talons et aller revoir les bouquinistes. Il prit le majestueux escalier qui conduisait à l’étage.

La porte de l’alcôve était ouverte. La dame aperçut Olivier et lui tendit la main avec un grand sourire.

« Bonjour, vous êtes d’une ponctualité étonnante chez les politiques. » lui lança-t-elle.

C’est vrai, il était toujours d’une grande ponctualité. Une qualité, si c’en est une, qu’il tenait de son père, un militaire de carrière qui avait fini par rejoindre le monde de l’entreprise en tant que secrétaire général d’une société de BTP. Il se contenta de sourire sans répondre. Il n’avait jamais physiquement croisé son interlocutrice jusqu’à ce jour et nota, avec un certain trouble, à quel point elle était séduisante. Olivier n’était pas insensible à la séduction, ses choix politiques en témoignaient. Il chassa rapidement cette première impression. Il n’était pas là pour un rendez-vous galant. Encore moins si la dame s’appelait Marion Maréchal.